L’éthique de la permaculture

Carnet de bord – Juin 2024

Nous sommes nombreux à être inquiets de l’état du monde : le réchauffement climatique s’accélère et l’on regarde ailleurs, les conflits armés se durcissent, notre société française vit des clivages d’une intensité inégalée depuis des décennies. Entre peur et violence, rejet de l’autre et repli sur soi, nous risquons de nous enfermer dans une logique de court terme, alors qu’il est plus impératif que jamais de nous engager durablement pour les générations futures. Et cela ne peut se faire qu’en cultivant des visions communes, des rêves partagés.

La permaculture est une quête d’équilibre entre les humains et la Terre. Ses fondateurs, Bill Mollison et David Holmgren, l’ont fait reposer sur une éthique : prendre soin de la terre, prendre soin des humains, partager équitablement. Alors que le contexte électoral ne donne pas forcément envie de rire, je souhaite dans ce Carnet de bord revenir sur ces principes. Ils me donnent des raisons d’espérer et je souhaite de tout cœur qu’il en sera de même pour vous, mes amis.(es) connus.(es) ou inconnus.(es) qui me faites l’honneur de me lire !

Prendre soin de la terre

Nous autres européens consommons l’équivalent de 3 planètes alors que nous n’en avons qu’une : cherchez l’erreur ! Je me souviens d’une phrase d’un Indien punaisée au mur du tout petit dispensaire d’Antecume Pata, au sud de la Guyane, ou j’ai eu l’immense bonheur de partager la vie des Amérindiens dans ma jeunesse : « Lorsque l’homme blanc aura coupé le dernier arbre de la forêt et pêché le dernier poisson, il réalisera que l’argent ne se mange pas ».

A l’évidence, les 2 planètes en trop que nous consommons aujourd’hui sont volées aux générations futures, qui devront survivre avec une seule planète dégradée. Est-ce moralement acceptable ?

Allons-nous assister bras croisés à la destruction de la biosphère ? Certainement pas ! Nos choix pour les années qui viennent détermineront l’état de la planète pour des siècles. Attendre des solutions « d’en haut » nous fera passer à côté de l’urgence d’agir. La permaculture propose des solutions simples et efficaces que chacun.e peut mettre en œuvre à son échelle, au niveau le plus local : individuel, familial, communautaire… La permaculture nous fait prendre conscience de notre pouvoir : nous pouvons contribuer à « sauver » un tout petit bout du monde vivant, et si nous sommes des millions, des milliards à nous engager dès aujourd’hui, nul doute que nous changerons le monde !

Dans notre ferme, en quelques années, nous avons pu constater à quel point une approche bio-inspirée permet de transformer l’environnement en profondeur : sols, eau, biodiversité, séquestration de carbone, une approche ultra locale reposant sur l’organique et des techniques low tech permet réellement d’amorcer une spirale vertueuse.

Prendre soin des humains

Il est aujourd’hui impossible d’imaginer une stratégie de préservation de l’environnement qui ne soit pas accompagnée d’une politique sociale forte. Protéger la terre et les humains : même combat !

Comme l’écrivait Antoine de Saint Exupéry, nous sommes passagers d’un même navire. Si l’équipage du vaisseau spatial Terre s’entre-déchire et se divise, pouvons-nous espérer sortir par le haut des crises actuelles et à venir ? Ce n’est qu’unis que nous parviendrons à bon port. Cultivons donc le sens de notre unité, de notre communauté de destins : entre êtres humains, mais également avec toutes les autres formes de vies qui sont, comme le disait Hubert Reeves, nos compagnons de voyage.

On n’est pas résilients tous seuls : l’aventure de notre ferme n’aurait jamais été possible sans l’engagement à nos côtés de tant de belles personnes ! Gratitude !

Partager équitablement

Parmi les nombreux compagnons de voyage qui ont permis à la ferme de perdurer, voici Cici et Tom, un jeune couple qui a réalisé 8 mois de service civique au Bec Hellouin. Le jour de leur départ, ils sont venus m’offrir une flûte de leur fabrication ! Tout l’amour du monde brille dans leurs yeux.

Je suis émerveillé par les magnifiques aspirations d’un nombre croissant de jeunes, ils n’ont aucune envie de s’inscrire dans un système prédateur et compétitif, matérialiste et patriarcal, qui détruit la planète et oppresse une partie de l’humanité. Ils rêvent d’un monde doux et sobre et ils se retroussent les manches pour l’inventer !

David Holmgren, le cofondateur de la permaculture, a écrit qu’il comprenait ce troisième pilier éthique comme un partage qui s’étend aux générations futures. Enrichir son sol en humus, par exemple, est un processus long et ouvrageux, mais qui permet de léguer une terre fertile à celles et ceux qui nous succéderont. Une terre humifère tient mieux l’eau et résistera plus longtemps aux sécheresses à venir. Cela me parle énormément, à la ferme mon souci d’augmenter la fertilité des sols a viré à l’obsession !

La ruine de l’environnement et un écart croissant entre les plus riches et les plus pauvres ont été les principales causes de disparition des civilisations passées. C’est exactement ce à quoi nous assistons aujourd’hui, avec un facteur inédit : c’est notre civilisation mondiale qui montre des symptômes croissants d’effondrement. Personnellement, je vous l’avoue, je suis persuadé qu’une civilisation qui consomme 3 planètes n’est pas durable et ne peut que disparaître. Mais le monde d’après est déjà là, en germination dans tant et tant de réalisations, sur tous les continents. Investissons donc notre créativité et nos forces dans la construction du monde de demain, c’est meilleur pour le moral que se lamenter sur la perte de l’ancien monde !

Les petits humains que nous sommes avons le choix entre deux émotions : l’amour et la peur. La peur divise, isole, déchire, détruit. L’amour unit, guérit. Une fraction croissante de l’humanité est en train de réaliser que la chose la plus précieuse sur cette Terre, c’est la vie, sous ses innombrables formes. Toutes nos technologies et toute l’IA du monde ne nous permettront jamais de créer un seul papillon ! Ce désir de préserver la vie est attesté dans toutes les cultures, dans chaque village, partout. Alors, n’ajoutons pas nos voix au concert discordant de ceux qui ont peur et qui excluent des pans entiers de l’humanité, et engageons-nous humblement, localement, résolument, en faveur de la vie, du partage et de la solidarité. Créons des lieux de vie beaux et accueillants, qui apaisent, guérissent, réparent… Des jardins, des microfermes où la nature et les humains sont honorés et célébrés !

Cuisiner le vivant

Après ces grandes considérations revenons au local, justement ! Cuisinière autodidacte, ma fille aînée Lila fait des merveilles avec les plantes cultivées et sauvages de la ferme. Son amour du végétal et la beauté de ses préparations aux saveurs subtiles célèbrent la nature et ravissent nos stagiaires ! Quelle joie, son retour à la ferme où elle a grandi. Nous préparons ensemble des formations en ligne que Lila réalisera, grâce à son expérience de journaliste et d’éditrice. N’hésitez pas à suivre ses partages sur la page Instagram de la ferme !

Et si vous preniez soin de vous à la ferme ?

Du 21 au 25 août prochain se tiendra la toute dernière session de notre formation en Ecologie intérieure : « Apaiser stress et anxiété par le toucher et le yoga ».  Il reste encore quelques places, alors si cette formidable aventure humaine vous tente, rejoignez-nous ! Le programme complet et les modalités d’inscription sont en ligne sur notre site www.fermedubec.com.

Je vous souhaite un heureux été, et si vous êtes dans le sud, envoyez-nous un peu de soleil !

Charles