Nouveau printemps à la ferme !

Carnet de bord – Septembre 2024

Oui, je sais, nous sommes en septembre et, comme mes tomates, je suis rouge de honte de ne pas avoir rédigé ce Carnet de bord depuis juin. Trop de boulot ! Mais cela devrait s’arranger car une merveilleuse dynamique se met en marche à la ferme, après quelques années difficiles sur le plan personnel. D’où le nouveau printemps !

L’arrivée de ma fille Lila, au moment où notre cadette Fénoua vient de quitter le nid, bac en poche, insuffle dynamisme, jeunesse et féminité à l’équipe. Equipe qui, après une année durant laquelle ma seule collaboratrice régulière était ma jument Swan, s’est étoffée avec l’arrivée d’Alexandra, de Jean-Claude, et d’Amina, et toujours l’aide précieuse d’Elodie, qui travaillent à temps partiel pour la ferme.

Plein de projets, le plus important étant la reprise des formations en permaculture !

Deux nouvelles master class

Les années passées, nous avions mis au point avec ma collaboratrice Elodie une offre de formations qui fonctionnait à merveille : un cycle « Jardinier-maraîcher permaculturel » et un autre cycle « Concevoir et gérer une microferme résiliente». Chaque formation dure 12 jours répartis sur 4 stages de 3 jours, au fil des saisons. Cela permet une immersion profonde dans la ferme et une connexion aux rythmes de la nature, mais aussi la création d’une formidable équipe qui se retrouve avec bonheur au fil de l’année.

En 2025 nous avons pris la décision de proposer à nouveau ces master class, pour la dernière année probablement. Une équipe aussi chaleureuse que compétente m’accompagne dans cette aventure. J’anime les sessions théoriques, sur des sujets que j’explore depuis plusieurs décennies. Elles alternent avec des ateliers pratiques « les mains dedans », par petits groupes. Nous invitons également des experts avec qui nous collaborons depuis des années : scientifiques, pépiniériste, artisan semencier, botaniste…

Le programme a été lancé fin juillet et les formations seront bientôt complètes, alors si vous désirez nous rejoindre, ne tardez pas ! Ces formations sont relativement chères (3 600 €), mais nous tentons de proposer les meilleurs cursus possibles ! Leur coût est calculé au plus juste et ne couvre pas en totalité les salaires, charges et frais de fonctionnement de la ferme. Nous avons formé plus de 5 000 personnes depuis 2008 et recevons d’innombrables retours sur l’aide efficace apportées par ces formations et sur les importantes économies en temps et argent qu’elles permettent de réaliser.

« Jardinier-maraîcher permaculturel »

… ou jardinière-maraîchère, bien évidemment !

Ce cursus s’adresse à celles et ceux qui aspirent à se nourrir toute l’année de leur jardin, dans une perspective d’autonomie et de résilience, mais également à celles et ceux qui désirent faire du maraîchage bio leur métier.

La Ferme du Bec Hellouin a développé une méthode profondément écologique, mais aussi d’une haute productivité : la performance économique dépend de la performance écologique ! Les études scientifiques qui se déroulent depuis 2011 à la ferme ont montré une productivité moyenne de 55 € de légumes par mètre carré et par an, sans aucun recours à des machines motorisées, alors que dans le même temps la fertilité des sols croît très rapidement et que la biodiversité s’épanouit. Le maraîchage du monde de demain ?

La répartition des stages sur l’année permet de réaliser couches chaudes et semis sous abri lors du premier stage, de préparer les jardins en extérieur et de repiquer les jeunes plants lors du second, de les récolter et d’implanter les cultures estivales pendant le troisième, et ainsi de suite. En 12 journées très denses, les grands repères se mettent en place.

« Concevoir et gérer une microferme résiliente »

Cette formation traite de la ferme dans son ensemble, ainsi que des productions autres que les légumes (thématique de Jardinier-maraîcher) : fruits, petits fruits, forêts-jardins et agroforesterie, plantes aromatiques, animaux, céréales, transformations…

Nous avons acquis au fil des ans une expérience unique dans la conception d’une microferme, un concept lancé au Bec en 2010, grâce aux innombrables expériences conduites ici (celles qui marchent… tout comme celles qui ne marchent pas, mais qui livrent néanmoins nombre d’enseignements!), et aux très nombreux projets que nous avons accompagnés, en France et à l’étranger. Cette expérience de terrain sur un sujet encore peu exploré vient nourrir chaque heure de cette formation.

En fin d’hiver nous taillerons les quelques 5 000 arbres fruitiers et buissons à baies que compte la ferme, en planterons de nouveaux, puis au fil des saisons nous étudierons les forêts-jardins de la ferme, prendrons soin des animaux et réaliserons un chantier en traction animale, ferons la moisson, découvrirons des outils manuels innovants d’une grande efficacité… Vous serez ensuite tellement mieux à même de choisir un terrain et de créer votre microferme !

Welcome Lila !

L’installation au Bec de ma grande fille de 27 ans a changé mon quotidien ! D’autant plus que ses ami.es sont nombreux.ses à faire escale ici. Lila, avec qui j’ai créé Résiliences, poursuis son activité d’éditrice tout en cultivant des plantes aromatiques, et surtout en cuisinant : quel talent ! C’est elle qui maintenant régale nos stagiaires, après 11 années d’heureuse collaboration avec le chef Fabien Prudhomme. Voici un petit aperçu de ce que mangent nos stagiaires : plus bio et plus frais, cela n’existe pas !

Vous pouvez suivre le quotidien de Lila (et celui de l’équipe) sur le compte Instagram de la ferme, qu’elle a créé.

Rose en résidence d’artiste

Après 7 années passées aux Beaux arts et à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage, Rose, ma seconde fille, travaille à son compte pour accompagner divers projets, agricoles et permaculturels le plus souvent. Nous collaborons ponctuellement sur certains projets. C’est toujours une joie lorsqu’elle débarque à la ferme et sors ses pinceaux !

Mes deux dernières filles Shanti et Fénoua sont maintenant toutes deux étudiantes à l’étranger. Elles reviennent à la ferme à chaque vacances pour revoir leur père – ou plus probablement leurs chiens (Fénoua) ou leurs chats (Shanti) !

Une très jeune équipe

Cet été, nous avons été si heureux d’accueillir de très jeunes stagiaires en formation agricole, tellement motivés et enthousiastes ! Des liens forts se sont créés, et grâce à eux la ferme a traversé une saison bien humide sans être submergée par les adventices !

La moisson

Nos essais de céréales jardinées se poursuivent pour la cinquième année consécutive, en partenariat avec l’INRAE de Rennes. Franchement cette année les résultats étaient plutôt décevants. Pas pour les oiseaux toutefois : moineaux et pigeons sont chaque année plus nombreux à nous demander de poursuivre cette étude !

Antoine Marin, chercheur et paysan semencier, est venu nous guider dans les mesures à prendre pour quantifier les récoltes. Avec son talent de conteur et ses savoirs étendus et divers, Antoine sait mieux que personne captiver ses auditeurs !

L’Appel pour une recherche participative sur les céréales jardinées, lancé par nos amis l’INRAE de Rennes, Triticum et la ferme, démarre fort : 130 fermes de plusieurs pays se sont manifestées pour participer. En ce moment même, une réunion de paysans semenciers normands se tient à la ferme. Ils sont en train de prendre l’apéro… et moi je suis comme d’hab derrière l’ordinateur !

Un sondage improvisé

Dans le sol bien sûr ! Antoine Marin et la jeune équipe, Nouchka comprise, ont creusé un joli trou afin que nos futurs ingénieurs puissent réaliser un profil de sol. L’occasion de vérifier une fois de plus la piètre qualité de notre terre arable, si peu profonde. L’horizon d’humus présenté sur la photo fait moins de 20 cm de profondeur, bien qu’il bénéficie d’apports de compost depuis 10 ans ! Ceci rend d’autant plus intéressants les excellents résultats obtenus en maraîchage sur cette terre peu propice aux cultures.

Le sol, vu par Emmanuel Bourguignon

 Excellente transition pour vous présenter les deux premiers guides Résiliences de moyen format : « Prendre soin de son sol », écrit par l’expert Emmanuel Bourguignon (ses parents et lui nous ont énormément aidé à comprendre les sols de la ferme), et « Cuisiner low tech », un sujet peu exploré mais délicieusement intéressant, bien traité par Lucie Le Guen qui partage avec brio sa passion.

Ce mois-ci, vous pourrez découvrir dans toutes les bonnes librairies les deux derniers Résiliences : « Elever des brebis et des moutons », écrit par la bergère Agathe Berthier,  et « Accueillir des abeilles », de Charlotte Lambert. Avec 35 titres publiés depuis sa création il y a 3 ans, la collection Résiliences s’affine et se rode à chaque titre, et ses lecteurs.trices les collectionnent bien souvent ! Notre rêve d’une sorte d’encyclopédie de la vie naturelle et autonome est en train de se réaliser.

Prendre soin de soi et des autres

Un autre rêve (j’en ai plein !) est que la ferme soit un lieu heureux, un espace de guérison pour toutes les formes de vie, humains compris. Cet été s’est tenu notre stage d’Ecologie intérieure (le dernier hélas), tandis que notre Formation de thérapeute psychocorporel se poursuit. Chaque stage est un profond voyage en humanité, dont nous ressortons toustes grandis.

Des visiteurs de tous pays

J’ai un problème dans la vie : les sollicitations sont tellement nombreuses que je passe beaucoup trop de temps derrière un ordi, 7 jours sur 7 (les paysans semenciers ont dû terminer l’apéro…). D’où la belle réponse automatique que vous recevez si vous nous écrivez, qui précise que la ferme est fermée… Ceci ne nous empêche pas toutefois d’accueillir des paysannes et paysans, ONG, scientifiques, missions d’états, de nombreux pays. De toutes ces visites, celle qui m’a le plus enchanté ces derniers mois était une famille paysanne de l’île de Ua Pou, aux Marquises, où j’avais fait escale lors d’un tour du monde en voilier. Retrouver la gentillesse des polynésiens ! L’odeur de la vanille qu’ils cultivent ! Ils ont absolument tenu à rencontrer Fénoua et ont entonné en la voyant un chant en l’honneur de la Terre Mère (Fenua, en Maori).

L’atelier des bois

Et puisque nous sommes en plein dans les rêves et qu’ils sont faits pour être réalisés, en juillet une nouvelle amie Blandine Barthélémy est venue nous initier à la sculpture de cuillers en bois. Passionnant ! J’avais plein de bouquins et d’outils pour la sculpture, et enfin nous avons pu nous y mettre. L’artisanat se conjugue tellement bien avec une microferme ! Merci Blandine ! Voici mes premières réalisations : une coupelle et une spatule, réalisées avec l’if qui pousse devant ma cabane.

Charles HERVÉ-GRUYER
Le 18 septembre 2024

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