Le réchauffement climatique s’emballe

Carnet de bord – Octobre 2024


Qu’attendons-nous pour agir ?

Les dernières données sur le réchauffement climatique sont terrifiantes. La planète risque de devenir invivable pour les générations futures. Pourtant, les solutions sont là. Il y a urgence à nous engager !

Je voudrais de toutes mes forces vous inviter à ne pas passer à côté de cette responsabilité historique qui nous incombe. Nous sommes collectivement en train d’échouer dans la lutte contre le dérèglement climatique. Raison de plus pour nous engager individuellement et faire tout ce qui est en notre pouvoir pour faire partie de la solution plutôt que du problème !

Photo copyright Claudius Thiriet

Les cris d’alarme se multiplient

A quelques jours de l’ouverture de la COP 29 à Bakou, les scientifiques et dirigeants d’institutions internationales multiplient les cris d’alerte. « Nous sommes sur une corde raide à l’échelle planétaire… Nous plongeons dans une catastrophe climatique dont les plus pauvres et les plus vulnérables souffriront le plus », lançait ces derniers jours Antonio Guteres, le secrétaire général des Nations Unies.

Selon le dernier rapport du Programme des Nations Unies pour l’Environnement, les politiques actuelles de réduction des émissions de gaz à effet de serre mises en place par les pays entraîneraient un réchauffement catastrophique de 3,1°C au cours du siècle, avec à la clé une série de points de bascule irréversibles : effondrement des calottes glaciaires, élévation incontrôlable des mers et amplification des phénomènes météorologiques extrêmes.

De plus en plus de scientifiques estiment que l’objectif de contenir le réchauffement planétaire à +1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle d’ici la fin de siècle ne sera pas atteint, mais que cette élévation des températures deviendra la norme dès 2030 (en 2023 l’augmentation des températures a déjà atteint ce seuil, et les concentrations de gaz à effet de serre ont été record).

Selon Simon Stiell, secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, les plans d’action actuels des états « sont loin de répondre aux besoins pour empêcher le réchauffement planétaire de paralyser toutes les économies et de détruire des milliards de vies… La pollution par les gaz à effet de serre à ces niveaux garantira un naufrage économique et humain pour tous les pays, sans exception ». (Sources : dépêches GoodPlanet du 23 au 27 octobre 2024).

Le « Plan national d’adaptation au changement climatique » de la France

Le premier ministre Michel Barnier a présenté le 25 octobre le « Pnacc-3 », conçu à partir d’une hypothèse de réchauffement de 4°C en métropole d’ici la fin du siècle.  51 mesures, mais un budget pour 2025 de 300 millions d’euros seulement, alors que les scientifiques estiment qu’un réchauffement de 4°C bouleverserait irrémédiablement la vie sur Terre et condamnerait des milliards d’êtres humains.

Je suis bouleversé, en colère, honteux du monde que nous allons laisser à nos enfants. Et pourtant je garde espoir que nous soyons suffisamment nombreux – des millions, des milliards -, à nous engager à notre niveau, sans attendre que nos élites prennent la mesure des périls à venir.

Créez votre microferme !

L’effondrement de notre modèle de civilisation est inéluctable. Je vous invite d’ailleurs à aller voir « C’est le monde à l’envers »,  le dernier film de Nicolas Vanier qui vient de sortir au cinéma. Les premières minutes dépeignent un colapse brutal en France : saisissant ! Les héros du film réinventent pour survivre une vie paysanne et low tech en mettant en œuvre à peu près tout ce que nous explorons depuis des années à la Ferme du Bec Hellouin !

En cas d’effondrement, les solutions locales, ne nécessitant pas d’énergie fossiles, invitant à la solidarité, seront probablement les seules à rester efficientes. Une microferme dotée d’un sol fertile, d’eau et d’énergie sera un gage de survie, quelque soit sa taille. Mais augmenter la teneur d’un sol en humus, capter l’eau et l’énergie solaire, planter des arbres fruitiers, apprendre à cultiver la terre avec des outils manuels ou en traction animale, devenir autonome nécessite bien du travail, des outils spécifiques et des apprentissages. J’estime qu’il faut bien une dizaine d’années pour atteindre un niveau d’autonomie satisfaisant. On peut se fixer un objectif : concevoir une microferme qui soit capable de continuer à nourrir la communauté locale, même en cas de crise grave. C’est ce que nous cherchons à faire ici depuis 20 ans. Alors je me permets ce conseil : nous sommes encore dans une période de relative stabilité et prospérité, mettons à profit ce temps pour travailler de toutes nos forces à la mise en œuvre de solutions permettant à nos familles, nos amis, nos communautés de mieux vivre en cas d’effondrement. Lorsque les crises s’intensifieront, il sera largement trop tard.

Au Bec Hellouin, c’est ce que nous tentons de faire par nos programmes de recherches, tous axés sur la question de la résilience, par la collection de guides pratiques Résiliences créée avec les éditions Ulmer et qui compte déjà 33 titres, et par nos formations.

Formation Microferme

Notre formation « Jardinier-maraîcher » est complète pour 2025, il reste des places pour la formation « Concevoir et gérer une microferme résiliente ». Si vous vous sentez concerné par cette thématique, rejoignez-nous. Je vous partagerai nos travaux et ma vision d’une microferme couverte d’une canopée d’arbres fruitiers, avec des clairières pour les légumes et les céréales, des animaux, des mares partout et des solutions pour remplacer chaque outil à moteur thermique par son équivalent manuel !

Publication du Rapport scientifique 2023-2024

Ouf, après ce qui précède, parler des solutions remonte le moral ! J’ai la joie de vous annoncer la publication de notre Rapport scientifique annuel. Il vous donne des nouvelles de l’ensemble de nos programmes de recherches. Vous y lirez les dernières données sur la forêt-jardin, les céréales jardinées, les jardins de bois… Ce Rapport est à votre disposition sur notre site internet www.fermedubec.com, à la rubrique La recherche.

Nouvelles de la ferme : belles récoltes d’automne

L’automne doux nous offre encore une profusion de légumes et de fruits délicieux. Le gel arrive chaque année plus tard, il faisait encore 20°C aujourd’hui, 29 octobre. Une partie des récoltes est offerte aux amis et voisins, ou bien au Resto du cœur de Bernay.

Indispensable fruitier

Nous nous sommes toujours refusés à doter la ferme d’une chambre froide énergivore. Notre romantique fruitier permet de bien conserver les récoltes, grâce à ses murs de terre qui l’isolent efficacement. Et puis il sent tellement bon ! Nous avons refait le torchis à l’intérieur, la toiture en chaume à besoin d’être changée, mais il manque le budget pour cela et elle fait encore l’affaire.

La mini forêt-jardin est toujours en production

Nous récoltons encore, en ce mois d’octobre, des mûres géantes, des framboises, de l’oseille et de la rhubarbe dans la mini forêt-jardin. Pour la neuvième année consécutive, toutes les interventions et récoltes sont quantifiées. Les résultats (à découvrir dans le Rapport scientifique) de l’année 2023 ont été records : la valeur des récoltes à atteint  6 715,35 € pour une surface de 300 m2 et 107,22 heures de travail sur l’année. Pas mal, pour un nouveau modèle agricole qui fonctionne à merveille sans énergie fossile, tout en stockant du carbone et en protégeant la biodiversité !

L’automne est la saison des conserves et des confitures, toute la famille s’y adonne.

Les jardins de bois poussent vite et bien !

Nous avons planté il y a bientôt 4 ans 3 jardins de bois, des taillis destinés à être recépés (pour en savoir plus, lire le Rapport scientifique). Ces jardins de bois fourniront du bois-énergie qui contribuera à l’autonomie énergétique de la ferme. Ils font partie des solutions que nous étudions année après année afin de proposer des alternatives au pétrole et au gaz. La photo ci-dessus montre des arbres qui n’ont pas encore 4 ans !

L’île-jardin

Grâce à de merveilleuses équipes de jeunes en formation agricole, dont Karla, étudiante danoise qui séjourne à la ferme durant 3 mois, la ferme est vraiment belle en ce moment. La gentillesse, l’implication et l’engagement de ces stagiaires font chaud au cœur : le travail se fait dans la joie et le résultat dépasse mes espérances ! J’essaye de leur insuffler mon rêve d’une ferme qui soit belle comme une œuvre d’art, et ils font mieux que je n’ai pu le faire par le passé ! Voici Karla, Pauline et Laura posant fièrement sur l’île-jardin qui vient d’être désherbée et paillée en vue de l’hiver.

L’atelier de la rivière

Avec Lila, nous souhaitons développer les activités artisanales sur la ferme – un rêve qui remonte pour moi à l’enfance ! J’ai ainsi pu façonner dans la forêt un établi de sculpture dans un vieux tronc de frêne bien sec (et… bien dur !). Puis nous avons, en une journée, planté des pieux et retendu la toile à voile qui sert d’abri au bord du ruisseau du Bec, créant ainsi un bel espace qui abritera bientôt des activités de travail du bois, vannerie, poterie…

Je vous souhaite tout le bonheur du monde, vous le trouverez en prenant soin de notre magnifique Terre-Mère et de tous ses habitants !

Charles

Vous pouvez suivre l’actualité de la Ferme du Bec Hellouin sur Facebook et Instagram. Nous y publions régulièrement des vidéos didactiques.