Quand j’étais plus jeune, j’ai eu l’immense bonheur de partager la vie des Amérindiens en Guyane. Une partie de mon cœur est resté là-bas. J’ai la nostalgie de la forêt, de la douce vie des Indiens.
Lorsque nous avons créé la Ferme du Bec Hellouin en 2003, mon rêve était de vivre comme mes amis Amérindiens dans notre vallée normande. L’esprit des peuples premiers : un respect absolu de la Terre Mère !
Ce n’est pas l’Amazonie ici, mais nous avons planté des arbres fruitiers par milliers – je ne sais pas exactement combien, entre 5 et 7 000. Un jour un ami très cher, Marc Grollimund, m’a dit : « Ta ferme est en train de se recouvrir d’une canopée fruitière, avec de-ci de-là des clairières pour les légumes, les céréales ». Ces mots ont profondément résonné dans mon cœur. Ils ont créé une connexion avec la forêt maternelle des Indiens. Une petite forêt nourricière prend forme dans notre vallée !
Depuis 2011 nous conduisons de nombreux programmes de recherches dans la ferme et les résultats confirment cette intuition : un paysage agricole complexe, dominé par les arbres, avec une gestion fine de l’eau, associant végétation pérenne, plantes annuelles cultivées et animaux, est probablement LA clé pour sauver l’agriculture dans un monde post-pétrole, malmené par les changements climatiques. J’adore quand la science valide les intuitions et la sagesse des anciens !
Nous allons lancer de nouveaux programmes de recherches pour étudier les impacts de cette forêt nourricière sur la biodiversité et le climat. Mais en attendant nous sommes transportés par la floraison des premiers fruitiers, annonçant le printemps. Les abricotiers, pêchers et pruniers ouvrent le bal, jusque dans la serre, offrant des millions de petits points roses ou blancs. Ils nous rappellent ce que les peuples racines n’ont pas oublié : la beauté est aussi une nourriture !


Dream team
Pour les Amérindiens, les humain.es sont les gardien.nes de la Terre. Nous avons une responsabilité : veiller avec amour sur ce jardin dans les étoiles qui nous accueille !
Je suis rempli de gratitude pour l’équipe qui gère la ferme, avec tant de conscience et d’ouverture du cœur. Voici deux photos de l’équipe… Sur la photo « sage », de droite à gauche : Line, en service civique, travaille sur les liens entre les courants spirituels et écologiques ; Lilliam, responsable des jardins et de l’équipe, et sa fille Malia ; derrière elle : Clémence, maraîchère en devenir, en stage pour 3 mois ; à sa gauche : Mathilde, qui nous rejoint pour prendre la responsabilité de la gestion de la ferme et du développement des projets. En pull orange ma fille Rose, paysagiste, en escale au Bec pour quelques mois, qui va coordonner les programmes de recherches.
Il manque sur cette photo Lila, mon aînée, qui gère la communication, les relations publiques et mille autres choses liées à la cuisine, l’accueil, l’avenir de notre petite entreprise ; Alexandra, la bonne fée responsable de la propreté des locaux ; Jean-Claude, en charge depuis 18 ans de l’entretien de la ferme et du bâti… et moi qui cherche à transmettre la ferme à cette magnifique équipe !



Formation en traction animale
Et puisque l’on parle de transmission, en voici une illustration : l’équipe se forme à la traction animale, une passion pour certaines, notamment Mathilde, cavalière émérite ! Quel bonheur ces sessions ! Swan et moi travaillons en duo depuis des années ; notre timide jument apprend maintenant à se laisser mener par de nouvelles mains. Il y a un peu d’appréhension de part et d’autre, mais Swan épate l’équipe par sa précision et son envie de bien faire. Quant à l’ânesse Alice, elle fait partie de la famille depuis la création de la ferme et atteint l’âge de la retraite, mais pas question de rester au pré pendant que les jeunes s’amusent !
Cette nouvelle équipe permet de remettre en culture des surfaces plus importantes. Un nouveau champ de 2 500 m2 de traction animale est préparé en plus des parcelles déjà cultivées en légumes et céréales.




Formation Microfermes et forêts-jardins
La première session nous a permis d’accueillir une équipe ultra motivée – une dizaine de stagiaires participe du reste à nos deux cursus. Ce stage de mars a été dédié à la plantation et à la taille des fruitiers, lors d’une journée animée par notre pépiniériste préféré Julien Mercher, des pépinières Lecuyer, en Seine Maritime depuis 1852 (les pépinières, pas Julien !). Nous avons également pris soin de la mini forêt-jardin et semé à la volée des blés barbus de printemps. La traditionnelle soirée festive du vendredi fut l’occasion de partager les spécialités des régions et pays des participant.es, autour du buffet préparé par Lila, avant de danser… pas vraiment jusqu’au bout de la nuit, les journées sont intenses !
Voici une note de Bruno sur le groupe WhatsApp de la formation Jardinier-maraîcher, qui donne une idée de l’ambiance des sessions.
« Petite déclaration d’amour… Je suis si content de faire cette formation au Bec avec Charles et son équipe. La bienveillance caractérise l’ensemble des participants de notre première rencontre. Que de bonheur de lire « Vivre avec la Terre ». C’est un chef d’œuvre, un concentré de science et de poésie. Il fait du bien, pose les sujets et donne une direction, un nouveau sens à la vie… De nouvelles perspectives pour nous ouvrir sur de potentiels nouveaux départs. Cette expérience, ce rayon de sagesse est une chance pour les participants. »



Les droits des femmes au Bec Hellouin
Lila et Line ont honoré les paysannes lors de la Journée Mondiale des Droits des Femmes en réalisant de grands panneaux aux textes forts. Une belle manière de rappeler que les femmes produisent la majeure partie de la nourriture produite dans le monde, travaillent davantage que les hommes mais ne possèdent qu’une infime fraction de la richesse mondiale. Les hommes émettent 41 % de gaz à effet de serre de plus que les femmes, celles-ci restent pourtant les premières victimes des dérèglements climatiques.



Les jardins de bois
Vivre au cœur d’une microferme est une tentative de trouver des solutions à (presque) tous les problèmes du monde contemporain ! Voyons large, sky is the limit !
Une ferme-forêt produit de la nourriture, et potentiellement bien d’autres choses encore. Pourquoi pas du bois-énergie ? ? Nous testons les jardins de bois, un taillis recépé et fertilisé qui donnerait, selon un livre norvégien, 5 fois plus de bois qu’une forêt classique.
Nous avons planté 3 jardins de bois. Le premier, celui que visite Lilliam sur les photos, planté il y a tout juste 4 ans, a été soigneusement fertilisé et paillé avec du fumier. La croissance des arbres est impressionnante et il n’y a quasiment aucune perte. Le second, en lisière de la forêt, n’a pas été fertilisé faute de temps. Il pousse beaucoup plus lentement et nous avons perdu un grand nombre d’arbres lors de la sécheresse de 2023. Le troisième, constitué de châtaigniers, est encore très jeune.
Pour en savoir plus, lisez nos rapports scientifiques annuels, en ligne sur notre site www.fermedubec.com.



Lancement des nouveaux programmes de recherches
Nous consultons actuellement nombre de scientifiques, naturalistes, climatologues, afin de préciser les nouveaux programmes. Je vous en dirai plus dans un prochain carnet de bord.
Manon a relevé un nouveau plan de la ferme, dont voici une version en couleurs. Il est destiné à identifier chaque parcelle, ce qui permettra de les décrire et de situer les observations naturalistes. Je ne savais même pas combien de micro-parcelles existent à la ferme (jardins, prés-vergers, forêts-jardins…), mais le précieux travail de Manon nous a révélé que les 4 herbages initiaux, d’une superficie de 5 hectares, ont été divisés en 50 parcelles d’une superficie moyenne de 1 000 m2 ! La diversité et la complexité d’une ferme ne signifient pas complications, mais bien au contraire résilience et durabilité car elles permettent l’expression de nombreux services écosystémiques ! Cette notion sera au cœur des futurs programmes de recherches.



La ferme à vue d’oiseau
Rose n’a pas oublié ses années aux Beaux Arts : elle a dédié plusieurs semaines à dessiner une vue aérienne de la ferme, très précise bien qu’il s’agisse d’une vue d’artiste. Ce magnifique plan est destiné à illustrer les supports pédagogiques que nous sommes en train de créer en vue des portes ouvertes.



Première journée Portes ouvertes le 26 avril !
Cela fait bien des années que la ferme n’était plus ouverte au public. La nouvelle dynamique qui se met en place nous permet d’accueillir à nouveau, 8 dates sont prévues cette année. Rejoignez-nous ! Découvrez la ferme, visitez la boutique où seront proposés les productions de la ferme, livres, objets artisanaux créés par l’équipe ainsi que les illustrations originales de Vivre avec la Terre (le troisième tome vient de paraître en Anglais). Je proposerai une conférence à 15 h et serai à votre disposition pour échanger sur vos projets. Les fonds récoltés seront destinés à financer les programmes de recherches. On a besoin de vous, venez nombreux !

Nouveaux guides Résiliences : découvrez les plantes aromatiques avec Pauline !
Quel bonheur de vous présenter le livre de Pauline de Voghel, une grande amie de la ferme depuis bien des années ! Nutritionniste et jardinière émérite, Pauline vous partage dans ce nouveau-né de notre collection Résiliences (ULMER) sa passion pour les plantes aromatiques. Découvrez leurs vertus, apprenez à les cultiver et à les cuisiner. Un très beau livre, indispensable dans toutes les bibliothèques de celles et ceux qui aiment la terre et la cuisine ! Avec en prime le parfum de la bonne humeur de Pauline qui transparaît à chaque page !

Cuisiner les plantes sauvages des chemins
Titiane Haton est une grande amie de la ferme, de Lila tout particulièrement. Dans son dernier livre, tout juste publié dans notre collection Résiliences (ULMER), Titiane nous invite à de savoureuses promenades à la découverte de l’ail des vignes, de l’armoise des frères Verlot, du mélilot jaune, de la vergerette du Canada et bien d’autres encore. Et comme si le livre n’était pas déjà assez savoureux comme cela, les photos d’une autre amie, Flavia Sistiaga, en font un petit bijou ! Mon rêve se réalise : créer des guides pratiques qui invitent à une transition heureuse, agréables à lire, ultra documentés, en papier recyclé et avec une compensation carbone, tout en étant beaux comme des livres d’arts !

Créer un jardin vivant
En ce beau printemps sort un livre que nous sommes très fiers de publier dans Résiliences : Créer un jardin vivant, de Sabine Couvent. Découvrez comment accueillir la biodiversité dans votre jardin ou votre ferme : oiseaux, mais aussi mammifères ou amphibiens… Naturaliste, agricultrice, Sabine est fortement engagée en faveur de la biodiversité au sein du monde rural. Elle a créé l’association L’Hirondelle aux Champs dans ce but. Ce guide est une petite merveille, ses textes clairs et si bien documentés sont appuyés par de magnifiques illustrations.

Retrouvons-nous au Festival du jardin !
Le Salon du jardin se tient devant l’abbaye, au cœur de notre village classé parmi les Plus Beaux Villages de France. Venez nombreux.ses découvrir ce festival, ses exposants de qualité et notre belle vallée ! Lilliam, Mathilde, Lila, Rose et moi tiendrons le stand de la ferme. A bientôt !







Du côté de l’atelier
Nous travaillons exclusivement des bois issus de la ferme ou de notre territoire proche. Une branche de bouleau ou de cerisier, un hêtre mort sur pied ou une coupe de noyer se transforment en créations insolites. L’atelier est un havre de paix. Nous l’avons construit nous-mêmes à la hache, au bord de la rivière du Bec. Nous y trouvons tant de bonheur !